Comment faire rimer le adolescence avec intelligence ?

— “Tu sais pourquoi les ados sont aussi bêtes ?”, m’a un jour demandé Jessica, professeur de SVT, en reposant son café.

J’ai levé un sourcil, partagée entre la curiosité et l’amusement.

— “Leur cerveau. Il n’est pas fini.”

Elle avait raison.

L’adolescence est une période de métamorphose, un chantier neurologique en pleine effervescence. Loin d’être une simple figure de style, cette observation est validée par les neurosciences. Les études en imagerie cérébrale ont montré que le cortex préfrontal — cette zone du cerveau responsable de la prise de décision, de l’anticipation et du contrôle des impulsions — est encore en construction.

Conséquence ? Une tendance marquée aux comportements irrationnels, des choix absurdes, une résistance passive aux évidences logiques. On leur parle organisation, ils réagissent à l’émotion. On leur propose un raisonnement, ils opposent une impulsion. Ils oublient l’existence des conséquences, puis s’étonnent de les subir.

L’exemple parfait m’est apparu récemment, lors d’un cours de français en visio. Mon élève, adolescent typique, traînait des pieds dès que je sollicitais une réponse orale, soupirant, rechignant, se drapant dans une mauvaise foi théâtrale. Mais lorsqu’est venue la partie écrite, transformation soudaine. Son ton s’était apaisé, il était devenu curieusement appliqué. Et surtout, je ne voyais plus que le sommet de son crâne, penché sur son bureau.

Un détail m’a frappée. Il n’écrivait pas, il ne lisait pas non plus. Il attendait.

Puis, j’ai compris. Il n’était pas plongé dans sa réflexion, il était en train d’attendre que ChatGPT formule ses réponses. Vérification faite, sa mère a récupéré son téléphone dans la pièce voisine.

À la fin du cours, il lui a demandé, interloqué : “Mais… comment tu as su ?”

Il n’avait même pas envisagé que je pouvais observer son comportement et en tirer une conclusion logique. Son stratagème, pourtant élémentaire, lui semblait infaillible. Il ne lui était pas venu à l’esprit que tricher exige, au minimum, un semblant de finesse.

Ce phénomène est parfaitement naturel. Le cerveau adolescent élimine les connexions neuronales inutilisées et renforce celles qui seront essentielles à l’âge adulte. C’est une phase de tri, de réajustement, un processus qui optimise leur intelligence future… au prix d’une perte temporaire d’efficacité cognitive.

Alors, comment faire rimer adolescence et intelligence ? Patience et guidance. L’enjeu n’est pas d’exiger d’eux une sagesse prématurée mais de leur fournir des repères solides. Encourager l’esprit critique, cultiver la curiosité, modéliser des comportements réfléchis. Et surtout, se rappeler que derrière l’apparente incohérence, un adulte en devenir façonne lentement son propre mode de pensée.

Un jour, ils comprendront. Peut-être même autour d’un café, en se demandant pourquoi les ados sont aussi bêtes.


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